Comment survivre à une rupture amoureuse ?

Rupture amoureuse : l'avis du psy

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La rupture amoureuse est un événement que chacun (ou presque) connaît au moins une fois dans sa vie amoureuse. Sommes-nous obligés d'en passer par là pour nous construire ?
Non. Toute épreuve humaine favorise la construction de soi. Pour faire face à une difficulté, il faut utiliser des capacités d’adaptation. Et un certain nombre d’épreuves aide à enrichir son registre de mécanismes de défense. Pour nous construire, nous avons besoin de pouvoir faire face aux changements. Les changements, l’adaptation, l’interaction entre une personne et son environnement, c’est la vie.

Une personne qui n’a jamais traversé de rupture mais qui a surmonté sainement d’autres épreuves pourrait être plus aboutie dans ses capacités d’adaptation qu’une autre qui a vécu plusieurs ruptures sans jamais avoir véritablement relevé le défi d’adaptation représenté par chacune d’elles.

Comment expliquez-vous le fait que certaines personnes "enchaînent" les ruptures sans parvenir à conserver une histoire stable et durable ?

Plusieurs raisons sont possibles. On a tendance à penser d’abord à un scénario répétitif. Des personnes recherchent les relations mais craignent l’intimité inhérente à un réel engagement, qu’elles sabotent, volontairement ou non. D’autres reproduisent des dynamiques relationnelles confortables, parce que connues, mais malsaines et insatisfaisantes. La motivation est alors d’atteindre enfin une reconnaissance personnelle, qui guérira des blessures du passé, par la reconnaissance de l’autre. Par exemple, des personnes seront attirées par des narcissiques, alcooliques, ou méprisants, parce qu’elles en ont étés marquées dans leur histoire familiale. Il faut savoir qu’une relation amoureuse, ce n’est pas une thérapie. Un engagement soutenu avec l’autre est une belle et grande aventure, mais pour bien le vivre il est préférable d’avoir déjà un amour propre tangible.

En quoi peut-on établir des similitudes entre le phénomène du deuil et celui de la rupture amoureuse ?

Les étapes du deuil, c’est-à-dire le processus qui suit la perte d’un être cher qui est décédé, sont assez semblables à celles traversées par la personne qui vit une séparation. Dans les deux cas, il faut composer avec le départ d’une personne importante, faire face au vide laissé par celle-ci, ressentir, exprimer et gérer les émotions engendrées par cette situation et graduellement se retrouver.

Il y a un élément qui distingue la rupture du deuil : le rejet. Quand un proche meurt, il ne nous repousse pas. Dans la rupture amoureuse, une personne choisit de nous quitter après qu’on se soit consacré à la relation avec elle. Nous lui avons donné le meilleur de ce que nous avions à offrir, et elle n’en veut plus. C’est difficile, surtout au début, de voir le bon côté des choses et de ne pas prendre le choix de l’autre comme un rejet de ce que nous sommes. Cet élément est significatif et rend la rupture, en général, plus douloureuse que le deuil. Par contre, il y a un caractère irréversible dans la mort qui n’est pas nécessairement présent dans la rupture. Quand une personne nous quitte, parfois cela peut soulager d’espérer qu’un retour est possible. Et en effet, certains couples réussissent mieux au deuxième essai.

Quelles sont les étapes d'une rupture "réussie" ?

Cela peut paraître paradoxal de parler de rupture réussie, car la rupture est souvent considérée comme un échec. Mais comme la grande majorité des adultes vivent au moins une fois cette épreuve, il est préférable de la réaliser convenablement, ce qui limite d’ailleurs d’en prolonger les effets néfastes et favorise un cheminement positif.
D’abord, une saine rupture commence par une bonne réflexion sur la décision à prendre. Cette réflexion passe par l’identification des besoins et des problèmes et l’élaboration de solutions. Quand l’option de la rupture est retenue, il faut ensuite communiquer cette décision à son partenaire de façon claire et respectueuse. L’annonce de la rupture est un moment clé du processus de séparation, elle donne le ton à ce qui suit. Il y a des gens qui rompent par téléphone ou par mail, d’autres qui ne donnent pas les véritables raisons. Nous recevons parfois en cabinet des gens qui sont blessés d’avoir appris au restaurant que leur conjoint les quittait. Elles se sentaient prises en otage, interdites de réagir. Enfin, certaines personnes se sentent coupables de quitter leur partenaire et laissent planer de faux espoirs alors qu’intérieurement, leur position est ferme, ce qui prolonge inutilement la douleur de l’autre en le plaçant dans une position ambivalente qui bloque son cheminement.

Après la prise de décision et l’annonce, les étapes d’une rupture suivent sensiblement celles du deuil. Il y a d’abord le choc et l’engourdissement. La personne ressent plus ou moins ce qui se passe pour se protéger et fonctionner. Ensuite il y a le déni, qui est marqué par de l’isolement et le refus de faire face à l’épreuve. Ensuite vient la reconnaissance de la douleur, qui est l’étape clé du processus. Durant cette période, la personne souffre réellement de la perte de l’autre et se reconstruit graduellement. Enfin émerge l’adaptation et le renouvellement. La tempête est passée et le voyage peut continuer !

Vous parlez dans votre ouvrage de signes avant-coureurs. Quels sont-ils ? Comment les déceler ?

Ce sont des signaux d’alarme qui indiquent la présence d’insatisfactions majeures. Des changements donc sont nécessaires et la relation est en danger.
En pratique, il s’agit souvent de l’abandon de la relation par l'un des partenaires, qui ne rame plus mais qui demeure dans le navire, à se laisser porter. L’autre alors, plus actif, conçoit les problèmes et veut réactiver l’équipe. Les problèmes prennent la forme d’une communication déficiente, d’une résolution de conflit inefficace, marquée par le blâme stérile ou le mutisme. Ces signaux sont reconnaissables par une sexualité insatisfaisante, la fuite dans l’alcool, le travail ou les aventures extraconjugales. Les effets d’une telle situation sont l’estime de soi qui s’effrite et l’épuisement ou la dépression.

Peut-on réellement éviter de rompre avec son compagnon ?

Oui, s’il est disposé à travailler en équipe pour sauver le couple.

Les facteurs de réussite du couple sont la motivation, chez les deux parties, à réussir le projet commun et l’utilisation de stratégies adéquates pour gérer les conflits. Il faut être deux partenaires actifs qui rament ensemble dans un rythme cohérent dans la même direction pour faire un long voyage et parvenir à destination. Si votre partenaire ne rame plus et que vous ramez seule, vous aller tourner en rond !

Une rupture douloureuse influence-t-elle toutes nos relations à venir ?
Une relation amoureuse est une expérience qui laisse une trace. Que la séparation soit douloureuse ou salvatrice, complexe ou simple, achevée ou en suspens, elle aura un impact positif ou négatif sur ce qui suivra. Mais quand la rupture déclenche un dysfonctionnement social et professionnel accompagné de symptômes dépressifs qui s’éternisent, la marque laissée par cette épreuve sera plus profonde. La personne pourrait en garder une peur de l’engagement, ce qui serait regrettable. L’évitement de l’intimité et la méfiance sont incompatibles avec l’engagement amoureux.
Ce n’est pas parce qu’une relation a été interrompue qu’elle est mauvaise. Et le fait qu’une rupture soit douloureuse ne signifie par que les autres expériences de relation et de rupture seront semblables.

Quel travail effectuez-vous avec les patients qui viennent vous consulter suite à une rupture douloureuse ?

Les gens qui consultent après une séparation cherchent principalement à éviter de souffrir. Mais notre approche consiste d’abord à les aider à « bien » souffrir. Il s’agit d’accueillir et d’exprimer les émotions engendrées par la perte de l’autre.

Souvent, les proches d’une personne en rupture cherchent à l’aider par des conseils qui visent plutôt à contourner une épreuve qui pourtant pourrait être profitable. Ils veulent rapidement lui présenter des amis, ils émettent des opinions tranchantes sur leur relation avortée ou sur leur partenaire et lui conseillent de tourner la page. La personne se présente alors dans nos bureaux avec, en plus de la perte de leur ex-conjoint, la honte ou la négation des sentiments qu’elle éprouve et des émotions qui l’affligent. Nous l’aidons alors sur deux volets : traverser l’épreuve en accueillant la douleur et se réorganiser. Ces deux objectifs peuvent se réaliser de façon concomitante. La réorganisation consiste à se reconstruire une vie : trouver un nouveau logis, reconstituer un cercle d’amis, réaménager ses finances. Surtout, il faut se réapproprier son soi. Au cours de la vie à deux, on met de côté des traits personnels et des préférences pour favoriser le couple. Après une rupture, il est parfois laborieux de se ressentir, car on ne sait plus précisément qui on est. C’est un beau travail que de le redécouvrir. La personne pourra même aller jusqu’à conserver des habitudes acquises durant sa vie de couple, non pas pour vivre dans le passé mais pour se choisir cette fois-ci, avec ce qu’elle est devenue. Il faut redéfinir ses priorités et ses aspirations, trouver une direction, réfléchir sur ce qui a mené à l’échec de la relation en établissant le bilan de celle-ci et se préparer éventuellement à reconstruire.

Quels conseils donneriez-vous à celles et ceux qui ne parviennent pas à admettre la fin d'une histoire ?

Les ruptures partielles ou incomplètes sont fréquentes. Des personnes demeurent parfois pendant des mois, voir des années, dans des relations agonisantes et très insatisfaisantes. Un facteur au centre de ces situations destructrices : l’attente d’une réponse de la part de l’autre. Celle qui refuse la fin de la relation est portée à tolérer l’inacceptable pour éviter une rupture complète et officielle. Attendre indéfiniment la réponse de celui qui doute de son amour n’est pas recommandé. Espérer des changements d’un partenaire alcoolique, toxicomane ou narcissique est, le plus souvent, irréaliste. Il est préférable de se tourner vers soi. Qu’est-ce que je veux vivre ? Quelles sont mes attentes et mes besoins ? Suis-je respecté dans cette situation ? Le doute persistant peut constituer une réponse en soi. Quand on aime quelqu’un, on le sait et on l'a choisi. Quand on tergiverse pendant des mois, c’est un non-choix. En amour, le non-choix n’a pas de place pour une relation épanouie.
Pour éviter les situations ambiguës, nous recommandons aux couples en rupture de limiter les contacts afin d’installer une réelle séparation. Avec les nouvelles technologies, il est dorénavant laborieux de couper un lien sans démarches actives en ce sens. Il n’est pas rare que deux personnes séparées renouent sans vraiment l’avoir choisi en raison de leurs échanges via mails, contacts MSN et facebook. En poursuivant la relation par ces médiums, qui en apparence sont anodins, la séparation n’est pas effective et en se confiant par écrit l’intimité est maintenue. Demeurer au courant des sorties, rencontres et activités de l’autre en explorant sa fiche facebook ne fait pas de bien, mais maintient un lien qui cependant devait disparaître. Quand on met fin à une relation, le contact avec son ex est plus la maladie que le médicament et le réconfort que des ex s’offrent par des échanges virtuels génère une prolongation stérile à moyen et à long terme.


Marcel Bernier

Marcel Bernier est psychologue clinicien à l’Université Laval à Québec depuis une quinzaine d’années. Il a œuvré en milieux psychiatriques et scolaires et en cabinet privé. Utilisant l’approche cognitive comportementale, il se spécialise dans le traitement des troubles anxieux et des troubles de l’humeur. En plus des relations amoureuses, il s’est intéressé à la réadaptation chez soi après un long séjour à l’étranger (le choc du retour) et à l’accompagnement de victimes d’abus.

Marcel Bernier est coauteur, avec Marie-Hélène Simard, du livre "La rupture amoureuse", paru aux éditions Eyrolles.

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Propos recueillis par Cassandre Bournat, le 12/06/2012

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Les psychologues Marcel Bernier et Marie-Hélène Simard se sont penchés sur un sujet qui touche bon nombre d'entre-nous : la rupture amoureuse. Cette étape peut s'avérer douloureuse à surmonter, mais des conseils avisés et un travail sur soi peuvent nous permettre d'avancer malgré tout. Marcel Bernier a accepté de répondre à nos interrogations.

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